1686-1743
Le 20 mai 1743, le Parlement de Paris confirme la sentence du lieutenant criminel du Châtelet à l’égard des nommés Guillaume Aubin, 60 ans, Marie Geneviève Aubin, sa fille, convaincus d’avoir recelé et vendu sciemment les effets provenant de vols faits avec effraction. Ils sont condamnés à la pendaison. La femme de Guillaume Aubin et son gendre, mari de Marie Geneviève, tous deux contumaces, seront exécutés par effigie. Gueullette, procureur du roi au Châtelet, raconte :Ils sont arrivés hier mardi 21 mai 1743 vers les six heures, se sont fait conduire à l’Hôtel de Ville et n’en sont sortis que ce matin 22, savoir Marie Geneviève Aubin à 5 heures trois quarts et le père Aubin à 6 heures trois quarts pour être pendus ; Guillaume Aubin pensa être décollé par la corde qui lui coupa presque la gorge, et pour qu’il tint à la potence, on fut obligé de le soutenir avec des cordes passées à la ceinture. (Arch. nat., AD/III/7, folio 56)
30 avril 1704 :
Un jeune gagne denier est condamné à être fustigé, nu, de verges sous la custode, marqué de la lettre V, et à rester enfermé à l’Hôpital pendant un an. Guillaume Aubin a 18 ans et a été arrêté comme coupeur de bourse.14 novembre 1727 :
Enfermé au For-l’Évêque, malade et expirant dans les cachots, Laurent La Croix cède aux exigences de la police et livre les noms de différents voleurs et receleurs. Après les noms de Mercier, Lamy, Duval, Jeannot, Desloriers, Berlie Berloc, on peut lire :
Guillaume Aubin ; sa sœur et la sœur de sa femme sont des coupeurs de bourse qui ne quittent jamais Paris ni les assemblées publiques. (BnF, Arsenal, Archives de la Bastille Ms 10997, folio 195)
Le 16 février 1729, Guillaume Aubin est interrogé au Parlement pour le procès de Nivet. Il demeure ordinairement à Paris, faubourg Saint Antoine, rue Sainte Marguerite et fait « le commerce d’acheter et vendre des peaux de lapins et vieilles ferrailles ». Toutefois, depuis octobre 1727, il s’est installé avec sa femme et ses quatre enfants à Metz. Il dit y être allé pour « recouvrer quelque bien du côté de sa femme qui est dudit lieu de Montmidy ».
Interrogé de sa profession à Metz, il répond :Qu’il portait un Christ pour gagner sa vie lequel est une pièce rare contenant toute la passion, que, au moyen d’un ressort, toutes les figures faisaient des mouvements et qu’il gagnait au moins un écu par jour et jusqu’à 4 ou 5 livres. (Arch. nat., X/2b/1413, Interrogatoire de Guillaume Aubin, 16 février 1729).Il dit avoir passé 15 ou 16 ans dans les régiments et les avoir quittés lors de la démolition de Dunkerque. Interrogé sur différents voleurs, il dit en connaître quelques uns car « il était un des mouches de la plupart des officiers de maréchaussée ». Ainsi il ne connait Lamy « que pour avoir vu ce nom dans un signalement qui avait été envoyé chez le sieur Pelletier, inspecteur général de la maréchaussée ». Il ne connait le Chevalier Dupont que de vue : Marion, exempt de la maréchaussée, l’avait chargé de le faire arrêter et, pour ce, « lui en avait fait le signalement ». Il a arrêté Ristiby à Rouen pour vol de diligence lequel est mort pendant la question « ce que le répondant a vu étant lors en la chambre de la question » (Arch. nat., X/2b/1413, Interrogatoire de Guillaume Aubin, 16 février 1729). De Nivet, il dit avoir été sur le point de l’arrêter à la foire de Saint-Denis de 1727, sur les indications de Marion, qui lui aurait désigné ce petit homme sous le nom de Fanfaron. Le 11 avril 1729, Nivet et Aubin sont confrontés. Nivet le reconnait comme celui qu’il appelait Le Pêcheur dit Les Grands Cheveux. Et revient fortuitement à la mémoire de Nivet cette anecdote :
Que même une autre fois il y a eu 2 ans ou environ à la foire de Saint-Denis dernière il alla avec ledit Aubin présent, Taupin dit Laurent La Croix pour y voler et que dans l’abbaye ledit accusé vola à différentsGuillaume Aubin nie formellement. Le 1er août 1730, il sort de Bicêtre après un an de plus ample informé. La preuve n’a pas été assez forte ; le petit Poulain l’a pourtant entendu parler à Laurent La Croix de cachot en cachot dans la prison de la Conciergerie :
Aubin dit le Pêcheur ou Les longs cheveux lui parlait aussi et le connaissait… ; que le dit Aubin dit Les grands cheveux demandait aussi au vieux Beauvoir s’il connaissait Mildieu dit Milbonhomme ; qu’ Aubin parlant de Nivet jurait contre lui et disait qu’est-ce qu’il peut dire contre moi sinon que je vais dans les églises prendre des mouchoirs. (Arch. nat., X/2b/1413, Information de plus amplement informé, 7 septembre 1729, déposition de Louis Poulain)Lors du procès de Pierre Louis Raffia et de ses complices en 1742 et 1743, Guillaume Aubin réapparaît une dernière fois. Dans le testament de mort ou déclaration à l’Hôtel de ville de Jacques Manguin dit La Ganache, on peut lire :
Que dans la fin d’ août ou au commencement de septembre il a volé avec effraction rue des Tournelles avec Thibault et Massonneau, que c’est lui condamné qui a forcé le cadenas et qui a forcé la serrure, qu’ ils avaient porté avec eux un sac que le père Aubin leur avait donné pour y mettre les effets qu’ils devaient voler, que pendant ce temps le père Aubin, sa femme et sa fille attendaient sur le boulevard, qu’ ils ont volé des chemises, jupons, linges et autres hardes, qu’après le vol ils ont été trouver le père Aubin, sa femme et sa fille sur le boulevard, que la femme et la fille du père Aubin ont pris des cornettes pour leur usage, après quoi le père Aubin, sa femme et sa fille ont porté le surplus des effets d la femme Dusel qui les a achetés 42 livres. (Arch. nat.,Y//10505, Testament de mort de Jacques Manguin dit La Ganache, 26 janvier 1743)Suzanne Antoinette Dieu parle de lui comme d’un ferrailleur qui faisait des fausses clefs pour ouvrir les portes. Guillaume Aubin, gagne denier, est devenu marchand sans jamais, ou presque, quitter sa rue, la rue Sainte Marguerite, faubourg St Antoine. C’est peu loin de chez lui, sur la Place de Grève, qu’il finit sa vie, après quarante ans de vols, recels et mouchardages, un matin de mai 1743.
